Camille, bénévole au château de Mez-le-Maréchal

Camille est une lycéenne marseillaise qui s'intéresse à l’histoire de l’art et à l’archéologie. Elle a découvert le château de Mez-le-Maréchal et l'association les Amis du Mez en octobre 2020 dans le cadre d'un chantier de bénévole.

CE QUE J’AI FAIT DURANT LA SEMAINE

Au château de MEZ-LE-MARÉCHAL

Dans un premier temps, le responsable scientifique m’a expliqué ce qu’il fallait que je fasse durant la semaine.

Puis Nathalie m’a fait faire le tour du château, en m’expliquant les fonctions des différentes pierres.

 

Mon premier travail a consisté par aider à monter un échafaudage pour accéder au-dessus de la courtine nord car le groupe avait remarqué qu’il y avait quelque chose d’intéressant à observer.

Cela a duré deux jours.

 

Puis, grâce à l’installation de cet échafaudage, nous avons pu accéder à la courtine nord.

Après avoir dégagé la terre et les herbes, nous avons pu voir ou s’arrêtait le chemin de ronde, quelle était sa hauteur, constater qu’il restait un morceau du mur extérieur en créneaux ; et découverte exceptionnelle : une marche puis deux, puis une troisième, ce qui renseigne sur l’existence d’un escalier qui reliait le chemin de ronde et la tour nord-est.

 

Plus tard, Virginie et Martine m’ont fait découvrir la partie ouest de la courtine nord, dans le but de m’expliquer les planées (une épaisseur, couche de pierre) et les arases (une double couche de mortier déposé sur une planée) et ce qui permet de déduire les étapes de la construction et le temps mis à son avancée.

En comparant celles du mur extérieur avec celles du mur intérieur, les ressemblances ont permis de déduire que les murs auraient été construits en même temps.

 

Florian, la propriétaire nous a fait profiter de ses connaissances en relevé du lapidaire, en nous présentant les différents outils pour travailler la pierre – à l’époque médiévale – les différents types de traces, comment elles peuvent être taillées, à quoi elles peuvent servir et où. Il nous a ensuite expliqué les différents détails que l’on pouvait trouver sur une pierre taillée : embrasure, chanfreins.

 

Puis Yvette m’a expliqué ce qu’est une étude lapidaire et m’a montré comment se présente une fiche, et de quelle manière il faut y dessiner une pierre.Et j’ai pu dessiner ma propre pierre : une crapaudine, c’est-à-dire une pierre dans laquelle se place le montant de la porte. 

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Amis du Mez

L'association des Amis du Mez a pour but de promouvoir une action culturelle fondée sur la recherche archéologique et historique du château de Mez-le-Maréchal à Dordives (Loiret).

crapaudine, pierre dans laquelle se plac

Une géomètre est venue. Nous avons fait des mesures grâce à un tachéomètre pour obtenir les courbes de niveau du terrain à l’extérieur de la tour sud-est, qui permet d’avoir un MNT (modèle numérique de terrain). 

Grace à cela, on en a déduit qu’il y avait une douve et une contre escarpe.

Mais avant cela, j’ai aidé à débroussailler pendant une demi-journée.

 

J’ai aussi eu accès aux archives. Nous avons sorti des documents en vue de reconstruire l’arbre généalogique des propriétaires du château au cours des différentes époques, après avoir compulsé des actes de mariage, des testaments, des photos, des lettres, et des archives du Prieuré de Néron ville, que Roberte a retranscrit en latin, puis traduit.

Voilà l’étape à laquelle je suis arrivée :

arbre généalogique des propriétaires du

Bien sûr, les corvées étaient obligatoires car nous vivions en communauté.

En respectant les mesures d’hygiène et sanitaires, Martine nous a répartis – sur un tableau – les taches du quotidien : mettre la table, débarrasser, préparer les repas…

En visite à l’extérieur

Le jeudi matin, nous avons visité le théâtre des Minuit.

Son bâtiment, le plus ancien, date du XIII siècle. Le château, la ferme et le jardin appartenaient à l’abbaye de Ferrières.

J’ai même rapporté une pierre provenant de la carrière de Puiseaux.

pierre provenant de la carrière de Puise

Après, nous sommes allés observer, sur l’indication de nos guides, les ruines d’une église à Ligerville.

ruines d’une église à Ligerville.jpg

L’après-midi, nous avons visité la forteresse de Yèvre-le-Chatel.

Nous en avons fait le tour complet, sous toutes les coutures : porte d’entrée, église du XIᵉ  siècle construite en trois étapes, mesure de l’enceinte du village (206 à 255 cm), observation des pierres réutilisées …

Par exemple, cette pierre de fenêtre devenue un angle de mur.

pierre de fenêtre provenant de la forter

Chaque mur extérieur du château a été examiné attentivement, par nous, et il y a eu discussions et débats sur leur construction et la destruction de sa cinquième tour.

 

À l’intérieur, nous avons vu la plantation d’herbes antérieures au XVIᵉ siècle, ainsi qu’une porte à ne surtout pas ouvrir car donnant sur le vide.

Heureusement qu’une passerelle en bois reliait cette porte à l’enceinte du château.

porte à ne surtout pas ouvrir à la forte

Plus loin, dans le cimetière du village, une autre église avait failli voir le jour mais sa construction a été stoppée par les moines de l’église de la forteresse, c’est pourquoi il manque les toits.

Là-bas, Michel nous a présenté deux lavabos liturgiques destinés au lavage des mains des prêtres.

L’eau issue du premier lavabo servant avant l’offrande est évacuée dehors ; alors que l’eau destinée au lavage des mains après la distribution du corps du Christ, s’écoule dans les fondements de l’église, en témoignent les orifices.

deux lavabos liturgiques destinés au lav

Avant de rentrer, nous avons eu droit à une visite surprise de l’extérieur d’une chapelle, après avoir mangé un délicieux Pithiviers.

 

Ces visites nous ont permis de découvrir d’autres architectures similaires à celles du château du Mez – comme l’escalier en vis de la forteresse de Yèvre-le-Chatel qui permet de raccorder le chemin de ronde et le couloir de la tour –, de faire des liens entre les époques, tout simplement découvrir le patrimoine des alentours et de passer un très bon moment.

escalier en vis de la forteresse de Yèvr

CE QUE JE RETIENS ESSENTIELLEMENT

Je retiens que c’est très différent du lycée où on nous présente des connaissances que les professeurs nous demandent d’apprendre et de réciter.

Là, au chantier, même si certains ont plus de connaissances que d’autres, on est tous égaux et on cherche à avancer ensemble, sans savoir à coup sûr où cela va nous mener.

 

On émet des hypothèses à partir de nos recherches et tout ce qu’on avance peut être remis en cause ou confirmé par d’autres recherches également.

Et puis aussi que le patrimoine devrait être préservé car c’est notre histoire à tous, plus que cela ne l’est actuellement.

Si le château du Mez n’avait pas été acheté par une personne passionnée, il aurait pu être transformé, totalement rénové en placoplâtre, et même démoli, et pourquoi pas remplacé par un terrain de golf.

J’ai pu intégrer une approche méthodologique qui peut servir à toute conservation en matière de recherche de terrain

On quadrille le château, les environnements et les endroits où on doit chercher – on obtient des zones et des secteurs – on a différentes bases de données dans lesquelles on compile les objets trouvés qui ont comme N° la lettre ou le N° du secteur, ainsi qu’un N° de classement.

On met les objets des barquettes identifiées et les plus intéressants sont gardés dans des pochettes individuelles comportant une fiche descriptive.

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Quant à la méthodologie en matière d’archives, on a, dans les pièces à vivre, des cartons remplis de documents. Cela peut être tout et n’importe quoi.

On classe par époque, on range individuellement en mettant la date, ce dont il s’agit et de qui il s’agit.

Au-delà de connaitre les personnes, on peut reconstituer ce qu’était leur mode de vie, leurs attributs, leurs biens ; mais aussi les habitudes d’une classe sociale.

Exemple : en lisant les inventaires du majordome de Mme Louvet, on sait qu’elle possédait des fichus de cou, un seul foulard pour l’hiver, ainsi qu’une mouchette (qui coupe la mèche des chandelles et permet de la récupérer dans un réceptacle)

Exemple 2 : on pensait que le bâtiment A était construit en une seule fois au même moment. Or, grâce à certaines factures et dettes retrouvées dans les archives, on sait que Mme Louvet habitait déjà un bâtiment et qu’elle avait engagé des artisans pour en construire un autre attenant.

CE QUE JE VAIS EN TIRER

Je pourrais utiliser les connaissances que j’ai acquises à propos du moyen âge et de l’architecture si je m’oriente en licence d’histoire de l’art et d’archéologie.

 

Le travail de recherche et la méthodologie pourront toujours servir pour n’importe quel travail de recherche, littéraire, mathématiques, physique ...

 

Je pourrais toujours valoriser l’expérience de terrain en assurant que j’y suis à l’aise et que je peux par conséquent m’adapter à n’importe quelle situation de travail.

 

Je mesure, ce que je savais déjà, que les tâches demandant des efforts physiques (débroussailler, déraciner, enlever la mousse, monter un échafaudage) sont nécessaires au travail de recherche.

CE QUE J'EN AI PENSE

J’ai trouvé l’ambiance très agréable.

 

J’ai aimé les différences d’âge : du collège à l’âge d’être grands-parents.

 

J’ai eu affaire à des personnes ouvertes à de nouveaux bénévoles, toujours prêtes à expliquer et même des petits détails, à donner de leur temps, à partager leurs connaissances.

 

J’ai adoré me trouver avec des personnes passionnées, dont ce n’est pas pour toutes le métier que de faire de la recherche en histoire, mais qui apprécient comme moi de fouiller, de faire des découvertes et de passer du temps, tous dans la même galère, perdus au milieu de la forêt.

Le témoignage de Camille :